Face à une difficulté, nous cherchons naturellement à lui donner du sens. Un collaborateur se désengage : il manque de motivation. Une équipe rencontre des tensions : elle communique mal. Une personne n’arrive plus à avancer : elle résiste au changement. Ces interprétations peuvent sembler évidentes. Pourtant, lorsqu’elles apparaissent trop tôt, elles orientent immédiatement ce que nous allons chercher, les questions que nous allons poser et les solutions que nous allons mettre en place. Nous risquons alors d’intervenir sur l’explication que nous avons construite plutôt que sur ce qui se passe réellement.
Observer avant d’interpréter consiste à revenir d’abord aux informations disponibles. Qu’est-ce qui se produit ? Dans quelles circonstances ? Quelles réactions apparaissent dans le système ? Qu’est-ce qui se modifie selon les personnes, le moment ou l’environnement ? Cette étape demande de ne pas transformer immédiatement ce que nous observons en explication. Elle permet au contraire de conserver plusieurs possibilités ouvertes suffisamment longtemps pour recueillir davantage d’informations. Plus l’observation est précise, moins nous avons besoin de compléter ce que nous ne savons pas encore.
Nous sommes constamment traversés par des signaux
À chaque instant, le système reçoit de nombreuses informations. Un mot, un regard, une pensée, une sensation corporelle, un bruit, une température, un silence ou un changement dans l’environnement peuvent constituer un signal.
Certains passent presque inaperçus. D’autres attirent immédiatement notre attention ou produisent une réaction. Cette réaction devient elle-même une nouvelle information : le corps se tend, une émotion apparaît, une pensée s’impose, l’attention se déplace ou une réponse se prépare.
Le signal nous indique donc que quelque chose se passe. Il ne nous dit pas encore ce que cela signifie. Observer consiste d’abord à distinguer ce qui nous parvient de la réponse que cela produit dans le système.
Quand la réaction prend le dessus
Tous les signaux ne nous affectent pas de la même manière. Certains peuvent activer suffisamment le système pour modifier notre attention, notre perception et notre manière de répondre. Nous continuons alors à voir la situation, mais nous la voyons déjà depuis l’état qu’elle a produit en nous.
Réguler permet de rester présent à ce qui se passe sans laisser cette activation organiser seule la réponse. La cohérence cardiaque est l’un des outils que j’utilise dans ce contexte : elle agit sur la régulation physiologique tout en permettant de rester dans la situation et capable d’agir. Elle peut ainsi être utilisée directement sur le terrain, au moment où la situation se présente.
Lorsque la réactivité diminue, le système mobilise moins de ressources pour maintenir cette réponse physiologique. Ces ressources redeviennent disponibles pour percevoir ce qui se passe, intégrer les nouvelles informations et agir de manière plus ajustée.
Séparer l'observation de l'interprétation
Observer ne signifie pas être passif
Observer est déjà une action. Cela demande de diriger son attention, de distinguer ce que l’on sait de ce que l’on suppose, de rester suffisamment longtemps avec une situation pour que d’autres informations puissent apparaître et, parfois, de réguler sa propre réaction pour continuer à regarder.
Cette observation peut conduire à une action immédiate. Elle peut aussi montrer qu’il est préférable de ne pas intervenir tout de suite. Dans les deux cas, il ne s’agit pas d’attendre passivement : il s’agit de ne pas décider de la réponse avant d’avoir suffisamment rencontré la situation.
Et l’action elle-même peut prolonger l’observation. Nous avançons, nous voyons ce que cette action produit, puis cette nouvelle information peut confirmer une direction ou nous conduire à la modifier. Observer et agir ne sont donc pas deux moments opposés : ils peuvent participer à une même trajectoire.
À retenir
- Un signal indique que quelque chose se passe ; il n’en donne pas nécessairement la signification.
- Le contexte permet de préciser ce qui est observé.
- Notre propre activation peut modifier ce que nous sommes capables de percevoir.
- Réguler peut permettre à d’autres informations et possibilités de réponse de devenir accessibles.
Observer. Rester avec ce qui apparaît. Agir à partir de ce qui devient accessible.
Le signal comme point de départ
Le signal comme point de départ
Si un signal n’est ni un problème à supprimer immédiatement ni une explication en lui-même, il peut retrouver une autre fonction : devenir un point de départ pour l’observation.
Plutôt que de demander immédiatement « qu’est-ce que cela signifie ? », nous pouvons suivre ce qu’il met en mouvement : où apparaît-il, quelles réactions produit-il, avec quoi entre-t-il en interaction et comment le système répond-il ? Le signal devient alors une porte d’entrée vers le fonctionnement du système.
Voir ce qui est là
Observer ne demande pas de tout comprendre. Cela demande d’accepter qu’une partie de l’information soit encore inconnue et de ne pas remplir immédiatement cet espace par une explication.
Dans un environnement où nous sommes souvent attendus sur notre capacité à décider rapidement, cette posture peut sembler contre-intuitive. Pourtant, différer une conclusion n’empêche pas l’action. Cela permet de continuer à agir tout en laissant la réalité nous informer.
Ce que nous ne concluons pas trop vite reste disponible pour être découvert.