Qu’est-ce qu’un système vivant ? Un système vivant est composé d’éléments interdépendants qui échangent en permanence des informations, mobilisent des ressources et s’ajustent à ce qu’ils rencontrent. Chaque élément possède son propre fonctionnement, tout en participant à un ensemble plus large. Ce qui se produit dans une partie du système peut ainsi modifier les conditions rencontrées par les autres et contribuer à une réorganisation de l’ensemble. Le corps en est une expression particulièrement visible : ses différentes fonctions sont distinctes, mais aucune ne fonctionne complètement isolément des autres.
Penser en système La pensée systémique déplace le regard : au lieu d’observer uniquement les éléments séparément, elle s’intéresse également aux relations qui les relient et à la manière dont elles organisent le fonctionnement de l’ensemble. Une difficulté qui apparaît à un endroit ne trouve donc pas nécessairement toute son explication à cet endroit. Elle peut aussi être l’expression d’interactions, de contraintes ou d’informations qui circulent — ou ne circulent plus — dans l’ensemble du système. Comprendre une partie demande aussi de regarder le tout auquel elle participe.
Des systèmes dans les systèmes
Nous appartenons simultanément à plusieurs systèmes. Un individu possède son propre fonctionnement, participe à une équipe, et cette équipe s’inscrit elle-même dans une organisation qui possède son histoire, ses règles et ses propres modes de fonctionnement.
Ces différents niveaux sont interdépendants. Une personne influence les interactions auxquelles elle participe, tandis que l’équipe et l’organisation influencent à leur tour ses possibilités et ses réponses. Et ce qui organise le système aujourd’hui ne vient pas nécessairement uniquement des personnes qui le composent aujourd’hui : certaines informations peuvent avoir été introduites bien auparavant et continuer à participer à son fonctionnement.
L’approche porte donc son attention sur l’individu, l’équipe et l’organisation dans laquelle ils s’inscrivent. Selon ce qui apparaît, comprendre une situation peut demander de changer de niveau d’observation plutôt que de chercher toute l’explication là où la difficulté est visible.
Une modification locale peut dépasser son point de départ
Dans un système interdépendant, lorsqu’un élément change, il modifie aussi ce que les autres éléments rencontrent. Une personne qui répond autrement, une information qui circule ou une interaction qui évolue crée de nouvelles conditions auxquelles le reste du système peut à son tour s’ajuster.
Mais se réorganiser suppose parfois de quitter des places, des relations ou des réponses devenues familières. Même lorsqu’elles mobilisent beaucoup de ressources, elles peuvent rassurer parce qu’elles sont connues et maintenir chacun dans un fonctionnement qui laisse peu de place à autre chose.
C’est pourquoi le travail d’une seule personne peut avoir des effets au-delà d’elle-même, sans que tous les membres d’une équipe aient à effectuer le même travail. En changeant ce qu’elle apporte au système, elle ouvre de nouvelles possibilités d’interaction et de réorganisation.
Regarder autrement les systèmes auxquels nous appartenons
Une théorie issue de la pratique
Dans un corps comme dans une organisation, ce que nous voyons n’explique pas toujours ce qui se passe réellement.
Une personne, une équipe ou une organisation peut connaître le problème, multiplier les solutions et pourtant reproduire les mêmes fonctionnements.
C’est en observant ces décalages qu’une question s’est imposée : à quoi le système est-il réellement en train de répondre ?
La pensée systémique déplace alors le regard : plutôt que de chercher uniquement ce qui pose problème, elle observe ce qui relie les éléments et continue à organiser leurs réponses.
À retenir
- Un système ne se réduit pas à la somme des éléments qui le composent.
- Chaque élément influence le système et rencontre en retour les effets de son fonctionnement.
- Une modification locale peut changer les interactions et ouvrir une réorganisation plus large.
- Individu, équipe et organisation doivent pouvoir être observés sans être séparés artificiellement.
Changer d’échelle ne signifie pas appliquer la même réponse partout: cela permet d’observer comment une même situation s’organise à différents niveaux.
De l’expérience à l’approche
Cette manière de regarder les systèmes ne s’est pas construite uniquement à travers l’étude. Elle est née d’un parcours entre deux univers longtemps séparés dans ma vie professionnelle : les organisations et le fonctionnement du corps humain.
→ Découvrir comment l’approche est née
Diversity in Unity
Une personne appartient au collectif sans s’y réduire. Une équipe possède un fonctionnement propre sans exister indépendamment des personnes qui la composent.
L’approche considère donc les deux simultanément : l’individu au sein du groupe et le groupe dans ce qu’il rend possible, renforce ou limite chez l’individu.
Travailler avec l’un peut modifier les conditions rencontrées par l’autre. L’enjeu n’est ni de privilégier l’individu, ni de privilégier le collectif, mais de permettre à chacun de trouver sa place dans un ensemble capable, lui aussi, de se transformer.
Prendre soin de l’individu sans perdre de vue le système. Faire évoluer le système sans effacer l’individu.