Un signal mobilise le système et les ressources nécessaires pour y répondre. Cette activation est normale : elle nous permet d’agir, de nous adapter et de faire face à ce que nous rencontrons. Lorsqu’elle devient réactive, la mobilisation commence à organiser notre réponse au-delà de ce que la situation demande. Lorsque toutes nos ressources ne peuvent plus servir librement le même objectif, le système les redistribue pour continuer à fonctionner. Nous pouvons alors continuer à agir, parfois très efficacement, tout en consacrant une partie croissante de nos ressources à simplement tenir. Faire davantage ne signifie plus nécessairement avancer davantage.
Accélérer ou ralentir, s’ouvrir ou se fermer, agir ou se retirer : toutes ces réponses peuvent être adaptées. La difficulté apparaît lorsqu’une manière de fonctionner devient tellement dominante que les autres deviennent moins accessibles. Même une compétence peut alors limiter notre capacité à nous ajuster. Nous ne disposons jamais de toutes les informations nécessaires avant d’agir. Le système complète ce qui manque pour pouvoir s’orienter et avancer. Projeter est donc nécessaire. La difficulté apparaît lorsque ce que nous avons anticipé ne peut plus être suffisamment modifié par les nouvelles informations.
Pourquoi comprendre ne suffit pas toujours
Nous pouvons savoir qu’une situation ne demande plus la même réponse et pourtant continuer à réagir comme auparavant. Ce décalage ne signifie pas nécessairement que nous manquons de compréhension ou de volonté.
Une réponse construite dans un autre contexte peut continuer à organiser notre fonctionnement dans le présent. Nous recevons de nouvelles informations, nous pouvons même les comprendre, sans qu’elles parviennent encore suffisamment à modifier notre réponse.
C’est ce paradoxe qui permet de comprendre pourquoi nous pouvons répéter un comportement dont nous connaissons les conséquences, sur-réagir à une situation ou continuer à mobiliser beaucoup de ressources sans obtenir le déplacement recherché.
La question change alors : à quoi sommes-nous réellement en train de répondre ?
Une réponse adaptée dépend du contexte
Il n’existe pas une bonne manière de fonctionner dans toutes les situations. Nous avons parfois besoin d’accélérer et parfois de ralentir, de nous ouvrir ou de nous fermer, d’agir ou de nous retirer, d’écouter davantage ce qui vient de l’extérieur ou ce qui se passe à l’intérieur.
Une manière de fonctionner devient limitante lorsqu’elle reste dominante alors que la situation demande autre chose. Elle peut même être devenue une véritable compétence : être toujours rapide, toujours disponible, toujours dans l’action, toujours attentif aux autres.
S’ajuster ne consiste donc pas à rester au milieu. C’est conserver suffisamment de liberté pour changer de réponse lorsque la situation le demande.
Repérer ce qui organise réellement notre réponse
Fonctionner ne signifie pas toujours s'ajuster
Observer est déjà une action. Cela demande de diriger son attention, de distinguer ce que l’on sait de ce que l’on suppose, de rester suffisamment longtemps avec une situation pour que d’autres informations puissent apparaître et, parfois, de réguler sa propre réaction pour continuer à regarder.
Nous avons besoin d’anticiper pour décider et avancer. Mais une projection reste une hypothèse sur ce qui pourrait se produire. Observez si les informations nouvelles peuvent encore modifier votre lecture, votre décision ou votre trajectoire lorsqu’elles ne correspondent pas à ce que vous aviez prévu.
À retenir
- S’activer permet de mobiliser les ressources nécessaires.
- Compenser permet de continuer à fonctionner lorsque tout ne peut plus servir le même objectif.
- Se polariser permet de privilégier une réponse lorsqu’elle s’est avérée particulièrement utile.
- Projeter permet de s’orienter lorsque toutes les informations ne sont pas encore disponibles.
Ces mécanismes deviennent limitants lorsque le système ne peut plus suffisamment s’ajuster à ce qu’il rencontre.
À quoi le système répond-il réellement?
Nous pouvons observer une réaction, reconnaître une compensation ou repérer une réponse devenue dominante. Reste une question : comment investiguer les informations qui participent réellement à cette réponse ?
→ Le test musculaire comme outil d’investigation
Retrouver une marge de manoeuvre
L’objectif n’est pas de supprimer les réponses qui nous ont permis de fonctionner. Il est de retrouver suffisamment de possibilités pour ne plus dépendre d’une seule manière de répondre.
Lorsque plusieurs réponses redeviennent accessibles, le système peut davantage tenir compte de ce qui se passe maintenant et mobiliser ses ressources en fonction de la situation plutôt qu’en fonction d’une organisation devenue automatique.
La liberté ne consiste pas à ne plus avoir de fonctionnement. Elle consiste à pouvoir en changer.